Cri du coeur – Arrêtons d’être réactionnaires.

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Réactionnaire : qui réagit, se rattache à un ordre passé face aux évènements.

Un des moteurs de la gauche, comme toute opposition politique, c’est l’indignation. L’indignation a des vertus certaines, elle attise notre sens moral, nous rappelle qu’il y a des choses inacceptables. Le petit livre de Stéphane Hessel montre d’ailleurs que l’indignation est un sentiment très partagé.

Toutefois, cela pose plusieurs problèmes :

1 – l’indignation n’est pas une posture politique suffisante. Bien entendu, nos partis ont tous des programmes tournés vers l’avenir, chacun à leur manière (je passe sur les querelles de la gauche quant aux détails), et pourtant, nos mobilisations sont toujours « contre ». L’époque est marquée par une offensive intense de la droite néolibérale (et de la « gauche » néolibérale également) qui nous pousse dans nos retranchements, réduits à toujours crier contre ceci ou cela, à tenter de sauver tel ou tel principe.

2 – Il est quasiment impossible de fédérer des indignations diverses pour elles-mêmes, comme on peut le constater avec le développement d’une forme de revendication exopolitique qui part d’indignations partagées (antiracisme, antisexisme, etc) pour aboutir à des revendications quasiment personnelles, juxtaposées et souvent concurrentes (on verra ici les préoccupations exclusives de mouvements de victimes, le communautarisme du Parti des Indigènes de la République ou encore la capacité d’un Soral à récupérer des indignations sociales et culturelles en les tournant vers la haine des juifs)

3 – Si on se borne à s’indigner, il est alors trop facile pour nos adversaires de nous accuser d’aller contre l’histoire, d’être réactionnaires, passéistes, de refuser le dynamisme de la vie.

 Porter nos idées plus que notre colère

Il devient alors capital de ne plus se contenter de s’indigner. Certes, nos organisations proposent des projets politiques élaborés, mais qu’en sort-il dans notre façon de discuter au quotidien ? Dans ce qu’on montre sur les réseaux ? Sur notre façon de nous opposer ? Nous parlons beaucoup de ce qui nous choque, mais nettement moins de ce que nous voulons concrètement. Nous parlons beaucoup de nos adversaires, moins de ce qu’on veut faire. Nous parlons beaucoup de nos différences de chapelles, moins de ce qui nous unit dans la lutte et dans la vision politique.

En résumé, nous sommes en permanence dans la confrontation mais assez peu sur la concurrence idéologique. Alors certes, le principe de concurrence en soi est problématique, mais il est adapté ici : c’est à qui réussira à faire valoir son idée, devant l’idée de l’autre parti. Or, ce n’est pas en démontant systématiquement l’idée adverse que l’on peut convaincre du bien-fondé de nos propres solutions, car nous ne les exposons jamais. Regardez les partis au pouvoir ou en passe d’y être : passent-ils leur temps à dire que les autres ont tort ? Non. Ils disent « Nous avons raison, nous avons la solution ». Nous ne le faisons pas, ou pas assez.

Ce chantier est fondamental, et est pour le moment surtout porté par les organisations (dont c’est le boulot, ca tombe bien), mais c’est une petite révolution sociologique que nous devons nous imposer, afin de devenir, tous, militants et sympathisants, ceux qui proposent, et plus seulement ceux qui s’opposent. Plus nous avons une vision politique radicale, plus il est indispensable d’en parler, de la vulgariser, de la mettre en rapport avec ce qui existe aujourd’hui et ce qui a existé hier, de la faire connaître.

Ne laissons pas le monopole de la « proposition » aux libéraux.

 

 

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